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ARTICLE 01
éveiller LES CONSCIENCES SUR LES FRAUDES FISCALES
Tribune

« Suisse Secrets », la dernière bombe lâchée par un groupe de médias internationaux, est la continuation du travail commencé

avec les « Panama Papers »
et les «
Paradise Papers ». Il s’agit de la
même vieille histoire qui se
répète, à l’infini.
Chaque fois que des journalistes lèvent le
voile sur ce qui se passe dans le secteur financier, nous comprenons mieux l’importance du secret bancaire : chaque fois apparaît un
réseau de corruption et d’activités sordides derrière lesquels se cachent sans
surprise une
armée de clients douteux et de familles de dictateurs, mais aussi une poignée de responsables politiques, apparemment respectables, de pays démocratiques.

Mais cette fois-ci, cela semble différent. Il ne s’agit pas d’une petite île obscure située dans des eaux reculées, ni d’un pays en développement en quête d’un autre modèle économique

que celui de la drogue. Non, il s’agit d’une grande banque, Crédit Suisse, implantée au cœur de l’Europe, dans l’un des pays les plus prospères du monde, un pays l’Etat de droit est censé
primer. Ces révélations sont d’autant plus désolantes que le pays et la banque impliqués ont promis transparence et amendement après avoir, des décennies
durant,
facilité l’évasion scale
sans que cela paraisse poser le
moindre problème. Or
le problème se trouve précisément
: il ne saurait y avoir
de responsabilité financière des états
et des
banques en l’absence
de transparence accrue..

abcès

Galerie de malfrats.

La position de la Suisse, dont la loi sanctionne ceux qui tentent de percer son secret, semble de plus en plus double. Dans le monde entier, des pays adoptent des lois

sur les lanceurs d’alerte, exposés à l’extrême
difficulté de faire la
lumière
sur des comportements nuisibles. Aux Etats-Unis, les révélations de Frances Haugen sur les méfaits de Facebook n’auraient sans doute pas été possibles sans les solides lois américaines sur les lanceurs d’alerte. A l’inverse, la Suisse semble s’arc-bouter sur
la défense du secret bancaire, en dépit de ses conséquences néfastes, et sanctionne les journalistes et autres personnes
qui
parviennent
à accéder à des données sur ce qui se passe à l’ombre de son système
financier.

Il est regrettable, mais hélas pas surprenant, qu’aucun média suisse n’ait pu participer à cette enquête collaborative mondiale,

étant donné les lourdes conséquences légales prévues par les lois
suisses surle secret bancaire. Nous ne pouvons donc que saluer l’action
de ces journalistes non suisses qui risquent des poursuites des
autorités helvétiques. Sans aucun doute, la Suisse sait l’effet dissuasif de sa législation : sans aucun doute ou presque, son but est de préserver aussi longtemps que
possible son modèle économique, pour empocher une petite part des biens illicites ou mal acquis,
en échange
d’un refuge
sûr et secret amasser et stocker leurs lingots.

Dans « Suisse Secrets », deux points nous paraissent alarmants. Les journalistes de cette enquête n’ont

eu accès qu’à une petite
partie des
données clients des banques, or si cette infime fraction comprend déjà autant de clients douteux, de dictateurs et de
familles de dictateurs, de criminels
de guerre,d’agents et
de chefs du renseignement, de dirigeants corrompus, de
traquants d’êtres humains, de chefs d’Etat, d’hommes
d’affaires frappés par des sanctions internationales et
de personnes
coupable de
violations des droits humains
une véritable galerie de malfrats –, que verrions-nous si les portes de
la banque étaient grandes ouvertes ?

Second point, les pays qui pâtissent le plus du soutien du Credit Suisse à ces voyous sont les pays en développement et les

marchés émergents. Ces révélations conrment ce
que les experts disent depuis longtemps
:
la Suisse a accepté de mettre en place des échanges automatiques d’informations principalement avec d’autres pays développés, et non avec les pays pauvres, notamment ceux qui risquent
d’être le théâtre de ces activités illicites. La kleptocratie et la corruption peuvent donc continuer d’y prospérer.

Moralement répugnant

Il est rassurant de constater que des journalistes se battent pour « le droit de savoir » des citoyens de ces pays, qui

sont dans l’incapacité de contrôler ce que leurs
dirigeants politiques cachent dans descores-forts suisses. Le monde politique des pays développés se plaît à condamner la corruption despays moins avancés. Or ce sont des pays comme la Suisse qui la rendent possible : ils fournissent un refuge sûr et assurent
des bénéfices à long terme.

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